Féminin-masculin : le correcteur de Google "peut mieux faire" (mais il apprend !)

Mis à jour : mars 26




Ce matin, en rédigeant un courriel, le correcteur d'orthographe de Gmail me suggère plusieurs fois de commencer par le masculin avant le féminin dans l'expression "à vos clientes et clients". Je clique sur la petite croix pour lui signifier que je n'adhère pas à sa proposition, mais à une autre reprise, il persiste et suggère à nouveau son ordre de préséance favori, soit les clients avant les clientes. Agacée, je passe outre le conseil et j'envoie le mail. Intriguée, je refais plusieurs essais avec "amies et amis", "Françaises et Français" et à nouveau "clientes et clients". Manifestement, le correcteur tolère le féminin avant le masculin dans les deux premières expressions mais il a du mal avec les clientes et clients. Pourtant, à force d'essayer, le correcteur semble apprendre puisqu'au bout de la quatrième tentative, il ne me suggère plus de modification. C'est une bonne nouvelle, même les algorithmes sont capables d'être sensibilisés à la place du féminin dans l'écriture et de progresser.


Je ne suis pourtant pas une acharnée de l'écriture inclusive. Je m'y essaye de temps en temps, notamment dans ce blog, mais j'avoue trouver pénible de devoir taper "alt+shift+f" à chaque fois que je dois inscrire un point médian. Sans parler des obstacles à la lisibilité. Je rédigeais récemment le mémo de l'une de mes formations et devant la multitude de "eux·euses", "ils·elles", "eur·rice" à rédiger (que d'ailleurs ne supportent pas les correcteurs des applications), je l'avoue, j'ai capitulé.


J'ai lu avec intérêt Fabriquer l'égalité - Manifeste pour en finir avec le sexisme dans l'économie sociale et solidaire [1], un ouvrage aimablement distribué à mon entrée dans la coopérative Coopaname dont je fais partie. Le constat est sans appel : il y a encore du pain sur la planche en la matière, même dans le cadre a priori plus démocrate de l'ESS et ce bien au-delà de l'écriture. En ce qui concerne cette dernière, j'ai compris qu'il existe tout une série de solutions pour mieux tenir compte de la place du féminin dans la rédaction, par exemple en finir avec cette règle instituée au 17ème siècle et qui a eu du mal à s'imposer : "le masculin l'emporte sur le féminin" [2]. Revenons donc à la règle de proximité et écrivons : les chercheurs et les chercheuses sont essentielles à la compréhension du monde. Il n'y a pas qu'elles, nous sommes d'accord, c'est un exemple.


Puisque cet aspect de l'écriture est en pleine évolution, je m'autoriserai donc ici à varier les plaisirs orthographiques et lexicaux sans perdre de vue que la façon dont nous écrivons a un impact sur la perception des places de chacune et chacun dans le monde.

[1] Coordonné par Catherine Bodet - La manufacture coopérative - Les éditions de l'atelier - 2019

[2] A ce sujet, je recommande la lecture de deux articles sur 8 mars info et Usbek & Rica


Crédit image : un extrait d'une animation issue de mon documentaire sur l'épigénétique, Les nouveaux secrets de notre hérédité, animation réalisée par la talentueuse Juliette Hamon-Damourette. Ce dessin illustre le déséquilibre du nombre de gènes entre les chromosomes X et Y chez les mammifères, d'où l'inactivation d'un des deux X dans toutes les cellules des femelles. Pour mieux comprendre, n'hésitez pas à regarder le film.

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